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Récit réalisé par Roger Néant, membre de l'A.C.C.L.L., après une enquête menée auprès du voisinage du site, souhaitant garder l'anonymat. Ce fait, relaté dans les ouvrages de nos illustres écrivains lurcyquois, Mr Régis Fourneris et Laurent Bourdier confirme l'authenticité de cette légende. L'orme de la toupie, abattu en 1920, dont la bille de pied mesurait 8,50m de long et avait 4 mètres de circonférence, a vécu environ 260 ans. En effet, c'est grâce au nombre de nervures que l'on pu déterminer qu'il était né vers 1660, époque du Sieur de Villers, Gilbert Giraudeau, Seigneur de Neureux.
Un jeune garçon, nommé Pierre, avait pour petite amie la fille du jardinier du château de Neureux, Marie, belle jeune adolescente, à la chevelure froment. Tous les deux, très jeunes, l'âge où l'on ressent le désir de connaître la vie, tout en profitant encore de l'insouciance de la jeunesse. Pierre, fils de paysan, n'avait bien entendu pas d'argent. Un couteau de sa fabrication avec une vielle lame, trouvée en "touchant" les bœufs, était sa seule fortune. Et très adroitement, il s'en servait pour sculpter diverses pièces de bois. Marie, elle, rêvait depuis longtemps de posséder une toupie, une toupie comme celle des enfants du château. (Et déjà Pierre était soumis à cette torture, la domination psychologique féminine). Pourquoi diable voulait-elle une toupie, et une toupie avec des couleurs en plus ?
Alors c'est là qu'intervint l'ingéniosité de l'homme, au mépris du risque, tout cela pour satisfaire la femme tentatrice. Donc, il avait remarqué sur le chemin de Neureux, au croisement de la route de Ferrière, un bel "ormeau". Il imagina que celui-ci pourrait très bien convenir pour façonner une toupie, et pour la couleur: pelures d'oignons, violettes, jonquilles, bleuets, coquelicots, macérés dans du suif, devraient faire l'affaire. Seulement cet "ormeau" était sur la propriété du "Seigneur de Neureux" qui avait droit de vie ou de mort sur ses terres.
Dilemme, mais la générosité de l'homme l'emporta sur celle de la sagesse. C'est alors qu'un soir de printemps il se rendit sur ce chemin où se trouvait cet arbuste. C'était la nuit, seule la lune brillait dans le ciel parsemé d'étoiles. Les reinettes entonnaient leur concert endiablé dans cette campagne où se dégageaient les merveilleuses senteurs des prairies. Une légère brise caressait la cime des arbres. Et, au loin, on entendait le meugleument puissant d'un taureau dominant son harem. L'ambiance était très agréable, coutumière dans ce magnifique Pays de Lévis.
Mais, dans ce contexte, pour Pierre, tout cela devenait pesant. Anxieux, scrutant les ténébres qui s'épaississaient autour du bois de Neureux, il avançait d'un pas furtif, bien décidé à prendre ce futur présent pour sa belle. Arrivé à proximité, il arracha avec vigueur "l'ormeau", quand soudain une voix lui glaça les veines… "Hé, cht'y prends mon gaillard ! ". C'était René, garde de la propriété qui, occupé à traquer les braconniers, venait de surprendre Pierre. Celui-ci prenant jambes à son cou, détala en laissant "l'ormeau" sur place. Le brave garde se demanda pouquoi diable le chti Pierre avait voulu arracher cet arbuste, puis décida de ne rien dire au seigneur. Il planta ce frêle "ormeau" dans un "mazier", dans cette terre ameublie par les fourmis, puis retourna à ses occupations. Les mois passèrent et l'arbre prit racine.
Quelques années plus tard Pierre emmena Marie vers cet arbre et lui murmura à l'oreille, avec toute la sincérité que peut posséder un homme… "Regarde cet orme, il m'a écrit mon destin, pour toi Marie, la plus belle des femmes, à tes pieds je me mettrai, de satin et de dentelles je te couvrirai, les plus beaux bijoux tu porteras, et à côté de toi, allongé dans des draps de lin, sous mes caresses, tu découvriras l'extase du bonheur comme jamais femme n'a connue". Une immense émotion envahit le cœur de Marie qui, tendrement, prit la main de Pierre pour la reposes doucement sur la blancheur de sa douce poitrine offerte. Et c'est ainsi qu'il devint le plus riche marchand de toupies de la contrée.
Ce site devint un véritable lieu de pélérinage où les amoureux se promettaient un bel avenir sous cet orme resplendissant jusqu'au jour où le conseil municipal décida d'élargir et d'empierrer le chemin devenu communal, reliant le pont d'Etau à la route de Ferrière. La ramure et l'envergure gigantesque de cet orme gênait quelque peu le passage : une pénible décision s'en suivit, l'obligation d'abattre cet arbre légendaire. La sentence fut exécutée un matin de printemps. Sous les coups de cognée et le va-et-vient du "passe-partout", le grand arbre s'écrasa avec fracas sur cette terre qui l'avait vu naître par deux fois. Et c'est alors que les bûcherons remarquèrent, dans le flanc du tronc ouvert, la sève qui s'écoulait lentement en forme de toupie, et à l'intérieur l'on pouvait distinguer, d'un œil averti, les initiales P M.

Tragique fin de l'histoire ...  Non, pas fin de l'histoire, car dans notre magnifique Pays de Lévis, une légende ne meurt pas, elle perdure, elle se transmet.
C'est pourquoi l'A.C.C.L.L. l'a faite ressurgir et a replanté un orme nouveau, agrémenté d'un banc sur le site, route de Ferrière, afin de préserver ce patrimoine culturel pour les générations futures.
La Légende de l’Orme à la toupie