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Récit réalisé par Roger Néant, membre de l'A.C.C.L.L.

Vers le pont d'Etau, au-dessus des profonds marécages, devenu aujourd'hui le magnifique plan d'eau de Lurcy-Lévis, la brume s'élève parfois après le coucher du soleil, en volutes, affectant des formes bizarres et fantastiques. Certaines nuits, l'on peut distinguer une grande jument blanche courbant l'échine pour nous inviter à une promenade. Malheur à celui qui accepterait cette perfide politesse, il disparaîtrait à jamais dans les "gours".

Cette légende est très certainement la plus célèbre de Lurcy-Lévis. Mais l'origine en est presque oubliée. Alors voici l'histoire de cette rumeur venue de la profonde campagne Lurcyquoise…
Au cours des siècles derniers, Marcel et Louise, un couple de paysans, exploitaient en paix une "locaterie", située rue des Vignes à Lurcy-Lévis. Le cheptel était composé de deux vaches, cochons, chèvres, basse-cour, un âne "Coco" et une jument "Polka" que Louise avait élevé dès sa naissance, sa mère étant morte au poulinage. De ce fait, une très grande complicité s'établit entre Louise et "Polka". Marcel et Louise vendaient leurs produits au village. Les années s'écoulaient, laborieuses mais sereines, dans ce merveilleux Pays de Lévis.
Mais un jour, le ciel s'assombrit sur ce bonheur. Marcel, chaque semaine, livrait du vin à la tenancière de l'auberge du coin, Germaine, une très belle jeune femme de trente printemps. Le charme ne laissait pas indifférent notre brave Marcel. Il céda aux avances de cette superbe créature et succomba à la tentation du péché charnel. Germaine, ravie et comblée par la magnifique prestance et vigueur que possèdent tous les Lurcyquois, rêvait déjà au collier de perles exposé dans la vitrine du bijoutier. Et usant de toute son habileté féminine, elle réussit à persuader Marcel de lui offrir cette parure.
Mais qu'arrivait-il à Marcel ? Ce travailleur acharné, jusque-là fidèle à sa Louise, à qui il n'avait rien à reprocher, si ce n'est qu'après les dures journées de labeur, elle n'avait pas toujours envie de goûter aux plaisirs de l'amour. La confusion la plus totale régnait dans l'esprit de Marcel. Louise, Germaine, pas d'argent pour le collier, tout cela devenait intolérable, il devait rompre avec Germaine, revenir à la raison. Mais le diable était là, ce diable qui lui faisait repenser sans cesse à la provocante poitrine de Germaine, à la douceur de ses mains caressant légèrement sa peau rugueuse, façonnée par le temps. Alors une idée machiavélique germa dans son cerveau. Il vendrait "Polka", la grande jument blanche, à la foire, expliquerait à Louise que, dépouillé par des brigands sur le chemin du retour, il ne possédait plus le gain de la vente. Ainsi, il pourrait assouvir le désir de sa maîtresse.
Donc, un soir d'automne, au souper, il décida d'aborder le sujet. "Dis-moi, Louise, tu sais Polka se fait vieille, et Coco est assez vigoureux pour effectuer les travaux. Je vais vendre Polka, tu pourras ainsi acquérir le buffet que tu désires tellement ". Louise le regarde, effarée, s'écria "Oh non ! pas Polka, tu m'avais promis qu'elle terminerait ses jours au cimetière des chevaux ! ". Une violente dispute s'en suivit, et le prédateur le plus puissant de cette terre, l'homme, imposa sa décision. Lundi prochain, Marcel vendrait Polka à la "foire aux Mesles" au Veurdre.
Le dimanche venu, Marcel se couche très tôt, afin d'être de bonne heure à la foire. Aux premiers ronflements, Louise se leva sans bruit, se dirigea vers l'étable, accrocha le licol autour du long museau de "Polka" et ensemble s'éloignèrent de leur lieu de vie. Vers le pont d'Etau, Louise connaissait un sentier sauvage conduisant à un "gour", très creux, dont on n'avait jamais pu trouver le fond. Ils avancèrent vers cette terre tremblante et soudain, ils disparurent, aspirés dans les profondeurs de la terre.
Marcel, réveillé à trois heures du matin, surpris de ne pas trouver la douce tiédeur de sa femme à ses côtés, se leva précipitamment. Il s'aperçut avec effroi que Polka aussi avait disparu. Affolé, diverses suppositions hantèrent son esprit. Peut-être que Louise avait amené Polka pour récolter le fruit de la vente… En hâte, il enfila son manteau et son grand chapeau noir, et se dirigea vers Le Veurdre. La nuit avait depuis longtemps effacé l'horizon, Marcel marchait très vite. Arrivé au pont d'Etau, un voile de gaz mauve flottait aux abords de l'Anduise. Soudain, la complainte d'une chouette sortit du tronc crevassé d'un chêne. Et, au milieu des joncs, des formes fantastiques s'alignèrent sur le sol, comme une procession de fantômes… Etait-ce une hallucination ? Il lui sembla qu'une de ces ombres se détachait et s'avançait vers lui… La peur lui enserra le cou, il sentit passer dans ses os le froid de la mort. Devant lui apparurent Polka, la grande jument blanche, et Louise, toute de blanc vêtue, qui l'appelait. Il s'approcha vers elles, mais elles étaient insaisissables. Elles reculaient et reculaient encore, jusqu'au "gour" fatidique où là, Marcel, piégé dans cette vase sans fin, attiré par les sirènes du marécage, disparut, englouti dans les entrailles de la terre… Seul son grand chapeau noir resta accroché auprès d'une "talle" de jonc.
Et encore aujourd'hui, certains soirs, l'on peut distinguer les formes de la grande jument blanche ou de la dame blanche du pont d'Etau.
Cependant, aucun incident n'est à déplorer, car il y a fort longtemps qu'il n'existe plus dans ce merveilleux Pays de Lévis, "d'infidèles machiavéliques ".
La Légende de la grande Jument blanche
ou la Dame blanche du pont de l’Etau